Qui a tué Roland Barthes? Le coup de maître de Laurent Binet

barthes5(1er novembre 2015) J’avais été impressionné par la maîtrise du récit et les qualités d’écriture de Laurent Binet dans HHhH, le récit de l’assassinat en 1942 du nazi Reinhard Heydrich par deux résistants tchécoslovaques. Je ne voulais donc pas manquer « La septième fonction du langage » et j’en ressors convaincu que Laurent Binet est définitivement l’un des meilleurs auteurs de sa génération. Point de départ, la mort de Roland Barthes en 1980. Binet postule un assassinat et imagine une enquête policière dans le milieu intellectuel parisien de l’époque.
Farce, roman policier ou roman initiatique, on saute d’un registre à l’autre, parcourant les campus, de la Sorbonne à Cornell en passant par Bologne; explorant d’improbables lieux, des saunas gays parisiens à la Fenice de Venise, dans une ambiance baroque et déjantée. Surtout, Binet convoque tout ce que l’intelligentsia française compte de plus « remarquable » à l’aube des années 80. Il n’épargne personne, abat les statues de commandeurs avec jubilation et maestria; et il en profite pour épingler avec un brin de méchanceté (mais qu’est-ce que c’est drôle!) quelques figures définitivement entartables…
La rencontre avec Umberto Eco est un autre grand moment, ponctué par une mise en abyme réjouissante.
Laurent Binet n’était qu’un enfant lorsque les événements qu’il décrit se sont déroulés; mais il le fait avec une telle justesse et une telle maîtrise des situations qu’on peut légitimement penser qu’il y a pris part, jusque dans les intonations d’un discours, la description d’une grimace… Et il répond enfin à cette question restée longtemps mystérieuse: comment un homme de droite passé par Vichy, acoquiné aux communistes et promettant aux Français la suppression de la peine de mort lorsqu’ils y sont majoritairement défavorables a-t-il pu devenir président de la République ?
Un livre dont on ressort en ayant le sentiment d’avoir à la fois tout compris de la sémiologie et rien du tout de l’histoire, et avec l’envie de (re)lire Barthes, Derrida, Foucault, Eco et bien d’autres. Mais moins Sollers et BHL.


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