Françoise Mallet-Joris, celle qui ouvrait portes et fenêtres

« Le roman qui ne découvre pas une portion jusqu’alors inconnue de l’existence est immoral », écrivait Milan Kundera dans « L’art du roman », en citant Hermann Broch. En 1951, lorsqu’elle publie « Le rempart des béguines », la toute jeune Françoise Mallet-Joris (elle n’a que 21 ans) fait bien plus que découvrir une part d’inconnu. C’est pourtant elle qui sera qualifiée d’immorale pour avoir narré cette histoire d’une jeune fille troublée par la maîtresse de son père. En prolongeant la réflexion de Kundera, on pourrait aussi écrire que certains romans ont un retentissement tel qu’ils deviennent eux-mêmes des vecteurs de changement, créateurs de morale au sens où les moeurs finissent par s’accorder sur des valeurs, des conduites, des références nouvelles. « Le rempart des béguines », avec d’autres œuvres fortes à sa suite, a profondément changé le regard porté sur les choix de vie.

Militante ancrée à gauche, féministe, Françoise Mallet-Joris était avant tout une auteure populaire et éclectique. Elle écrira tour à tour des best sellers (« La maison de papier », « Allegra », « Divine »…) et des livres beaucoup plus personnels, comme « La double confidence », à l’entame duquel elle affirme : « Ecrire, croit-on, c’est ouvrir portes et fenêtres et non les refermer ». C’était ce qu’elle faisait admirablement, nourrissant ses textes des fêlures de l’enfance et de la difficulté d’être, autant que des bonheurs simples de l’existence, avec un sens de l’humour particulièrement aiguisé.

Elégante, intransigeante, romanesque. Françoise Mallet-Joris s’est éteinte à Bry-sur-Marne à l’âge de 86 ans.


Laisser un commentaire