L’exofiction -le procédé qui consiste à broder une fiction autour de faits et de personnages historiques
– est très à la mode ces dernières rentrées littéraires. Mais c’est un genre lié à la bande dessinée depuis de nombreuses années. Parmi les pionniers, Juillard et Cothias avec le cycle des « Sept vies de l’épervier » et ses séries annexes avaient su créer un univers romancé au cœur de l’histoire, dans ces XVIème et XVIIème siècles qui allaient connaître tant de bouleversements. Ils ne faisaient cependant qu’emprunter le procédé aux Dumas père et fils et aux autres auteurs de feuilletons à succès.
Depuis, la BD réaliste n’a pas cessé de puiser dans cette manne pour générer des séries parfois époustouflantes. On pense notamment aux « Aigles de Rome » et à la série « Le Scorpion », fresques magnifiques à la violence chorégraphiée nées du talent d’Enrico Marini.
Les démons de Nostradamus
Alors quand des challengers -en l’occurrence deux Espagnols, Raule et Landa- se lancent à leur tour dans l’exercice de la série historique à suspens, on ne demande évidemment qu’à voir. Et c’est tout vu! « Arthus Trivium, 1. Les anges de Nostradamus » augure d’une série qui devrait connaître un réel succès. L’intrigue se noue en 1565. Michel de Nostredame, mieux connu sous le nom de Nostradamus est un vieillard fragile, hanté par ses propres divinations. Conseiller du roi, il n’exerce plus sa charge et vit retiré à Salon de Crau (Salon de Provence). Mais son prestige l’amène à devoir intervenir dans nombre d’affaires mystérieuses. Il s’est octroyé, pour l’aider dans sa tâche, les services de trois aventuriers. Parmi eux Arthus Trivium, qui donne son nom la série.
Ce premier tome est une mise en place. Raule et Landa campent leurs personnages, introduisent l’histoire et son contexte, celui d’une France tout juste sortie des grandes épidémies mais pas encore entrée dans les Lumières. Tout en conduisant l’intrigue principale sur ses premiers jalons, ils nous font déjà saliver sur quelqu’intrigue secondaire, histoire de nous mettre en appétit. Le trait de Juan Luis Landa est net, servi par une maîtrise de la palette des couleurs et un usage très assuré du clair obscur. Le scénario est vif est limpide, même si les dialogues empruntent un peu trop souvent aux expressions contemporaines.
On le pressent d’emblée, le passé de Nostradamus viendra hanter les pages de la série. Celui qui prétendait délivrer des indications sur le futur devra ainsi faire face aux tortures du passé; et avec lui son escouade de fines lames. On salive déjà en attendant le tome 2, « Le troisième magicien », prévu pour octobre 2016.
En préfaçant « Les anges de Nostradamus », le maître Marini ne s’y est d’ailleurs pas trompé : « Ce sont des albums de la qualité d’Arthus Trivium qui me motivent à faire ce beau métier et à affronter tous les jours la maudite feuille blanche ».
Arthus Trivium, T1, Les anges de Nostradamus, par Raule et Landa, Dargaud, 48 p., janvier 2016